dimanche, octobre 30, 2005

Voyage à l'Est

N'en déplaise à maman, entre deux concerts (Les White Stripes la semaine dernière et Dylan la semaine prochaine), il m'arrive de voyager. C'est mon métier.
Après m'être bien implanté sur le marché du Moyen-Orient, je me suis fixé comme objectif de développer les marchés d'Europe orientale. A cet effet, j'ai engagé un chef de zone. La personne qui a été sélectionnée est une jeune polonaise vivant en périphérie de Paris depuis cinq ans et qui répond au nom de K. Je lui avais fixé rendez-vous à l'aéroport dimanche pour une première mission de prospection à Varsovie, Moscou, Riga (Lettonie) et Cracovie. Elle était arrivée un peu avant moi au terminal de Roissy où elle m'attendait avec son copain. Un jeune homme polonais un peu timide venu la rejoindre à paris il y a un peu plus de deux ans.
Varsovie est une ville intéressante pour le boulot. Quelques contacts professionnels prometteurs. Sinon, à part le centre historique, il n'y a pas grand chose à en retenir. On ne va donc pas s'y attarder. Après un rapide passage à Lodz (prononcez woutch) nous sommes parti pour Moscou. Arrivés de nuit, nous sommes directement allés voir la Place Rouge avec un compagnon polonais rencontré dans l'avion qui résidait dans le même hôtel que nous. Il faisait déjà un froid de canard (-2° contre +20° à Paris). Qu'importe, l'endroit est magique. Ensuite, pour nous réchauffer nous sommes allés tous les trois dans un petit bar non loin de là. Pour changer de la vodka déjà testée en Pologne, j'ai suivi le conseil qu'un ami parisien m'avait donné et j'ai commandé un cognac Ararat (comme le mont biblique situé en Arménie et aujourd'hui sous domination turque). Ils le servent chaud. C'est pas mauvais mais un peu étrange. Retour ensuite à l'hôtel en métro. Le métro moscovite est extraordinaire à plusieurs titres. D'abord il dessert très bien la ville. Il y a à ce jour 138 stations. Difficile de s'y retrouver sachant que toutes les indications sont en alphabet cyrillique et que certaines stations portent plusieurs noms; Ensuite les stations sont magnifiques et très bien entretenues. Nettoyées en permanence par des ouvriers équipés de sceaux et à l'éponge. Les rames, rugissantes et bondissantes, roulent à une vitesse hallucinante et se suivent d'à peine une minute. Il y subsiste un tas de souvenir du stalinisme. Marteaux et faucilles y sont légions. Pour la petite histoire, la station Place de la Révolution, représente dans des niches des ouvriers et des révolutionnaires bolcheviques en armes réalisés par le sculpteur Manizer. Lors de l'inauguration de la station, un observateur téméraire a fait remarqué à Staline que la station représentait le peuple moscovite à genou. Staline aurait souri. Aux heures de pointe il y a tellement de monde qu'on est obligé de suivre le flux des passagers, remonter à la sortie de la station pour ensuite descendre vers le correspondance.
Notre hôtel, le Belgrade est un grand hôtel qui a connu son heure de gloire sous le régime soviétique mais qui a fort vieilli depuis. L'avantage est qu'il occupe une situation plutôt centrale et qu'il reste abordable pour Moscou (180 € la nuit... Moscou est très cher). La fatigue du voyage et le cognac aidant, je me suis endormi très rapidement dans ma chambre vétuste. Le lendemain à mon réveil matinal (7h30, soit 5h30 heure de paris), surprise ! la neige tombait à gros flocons. Pour cette première journée de prospection nous sommes remontés à pied vers le Kremlin par la vielle rue Arbat intéressante pour ses commerces et ses églises. Arrivés au bout, je pouvais dire adieu à mes chaussures détrempées. N'empêche, le spectacle de la Place Rouge sous la neige est magique. La basilique Basile-le-Bien-Heureux, chef d'oeuvre de l'art orthodoxe, dont on dit qu'Yvan le terrible a rendu aveugle l'architecte pour l'empêcher de réaliser une oeuvre supérieure ailleurs par la suite. La Place de la Révolution. Le tombeau de Lenine. Mon guide ne s'appelait pas Nathalie mais K. et si elle n'était pas mon employée et presque mariée j'aurais pu tomber amoureux à ce moment là.
Ensuite nous sommes allés visiter la galerie Gum. Une magnifique galerie commerçante érigé dans la seconde moitié du 19eme siècle, devenu sous le régime soviétique un ensemble de magasins populaires avant d'être envahi ces temps-ci par des enseignes de luxe. Y persistent encore quelques commerces traditionnels, dont un où je me suis acheté à bon prix une paire de gants bien nécessaires.
La suite est moins intéressante parce que plus professionnelle : visites des grands magasins Tsum, des enseigne représentées par Mercury, que je souhaiterais avoir comme distributeur là-bas. Un petit passage devant le théâtre du Bolchoï (en travaux) pour rejoindre la rue Tsverkaya, extrêmement longue et très commerçante et enfin le grand magasin Kalinka de la chaîne finnoise Stockman.
Le soir nous avons dîné dans un restaurant géorgien sur la rue Arbat. Très kitsch, nourriture assez grasse mais bon.
Le lendemain journée très chargée, rendez-vous avec le distributeur Lacoste, rendez-vous chez Mercury et réunion avec notre agent pour l'activité multimarque.
Le soir nous prenons un taxi sauvage pour nous rendre à l'aéroport. Direction Riga par le vol de 23h00.
Alors que nous faisons la enième et dernière queue pour les comptoirs de sécurité avant l'embarquement, K. me dit soudain qu'elle ne se sent pas bien et qu'elle souhaite s'asseoir. Elle a à peine le temps de terminer sa phrase qu'elle perd conscience. Je la rattrape dans mes bras et la porte jusqu'à la rangée de chaise la plus proche. Elle est très blanche et ses grand yeux bleus et ses lèvres rouges sont entrouverts. Alors que je cherche des yeux les secours et qu'elle est toujours dans mes bras elle reprend conscience. Sa température est très basse et son front moite. Elle me sourit faiblement et me demande où elle est. Dès ce moment, employée ou non, fiancé polonais ou non, je suis foutu. Mon coeur bat plus fort et des papillons se réveillent dans mon estomac. Je m'efforce de ne rien laisser paraître de mon émoi. Je m'inquiète de savoir si ce genre de malaise est fréquent. Elle me dit que ça lui est arrivé à trois reprises, généralement dans des endroits fort fréquentés et mal oxygénés. Elle a fait plusieurs prises de sang mais rien d'anormal.
Nous embarquons dans un Tupolev de l'Aeroflot. Je me souvenais avoir vu il y a une vingtaine d'année un Tupolev se poser à l'aéroport de Zagreb. Je l'avais trouvé magnifique et le fait que cet appareil arrivait de lointaines contrées mystérieuses derrière le rideau de fer m'avait interpellé. Voilà que j'allais réaliser un de mes rêves d'adolescent. La déception fut à la hauteur de mon attente. Toujours d'une très belle ligne avec ses ailes un peu plus reculées que sur les Boeing ou Airbus et ses trois réacteurs à l'arrière, l'engin est vétuste. Aucun équipement à l'intérieur ne semble fonctionner, les dossiers des sièges sont défoncés et brinquebalants, les hôtesses sont tout sauf aimables et habillées comme des sacs à patates. Qui plus est, sur la même rangée que nous un couple avec un enfant braillard allait rendre le voyage difficile. Pour terminer, en raison de la neige, du gel ou que sais-je, nous décollons avec près de deux heures de retard alors que l'embarquement s'était effectué à l'heure. Evidemment aucun mot d'explication. J'aurais en temps normal été assez énervé, mais là, avec K. qui s'endormait avec sa tête sur mon épaule et sa main dans la mienne tout allait bien.
Nous sommes arrivé à l'hôtel Metropole de Riga vers 2h00. On avait rendez-vous avec un distributeur potentiel vers 9h30. Nous sommes allés nous coucher immédiatement. Chambres mitoyennes 503 et 505. La ville semblait belle et intéressante à prospecter. Nous aurions dû prendre l'avion le lendemain à 14h00, ce qui nous laissait tout juste le temps d'aller voir notre prospect, de repasser par l'hôtel récupérer les bagages et repartir. Je suggèrai de décaler le départ pour Cracovie au vol suivant, soit 24h00 plus tard. K. n'y voyait pas d'inconvénient. Il était évident que nous n'aurions pas le temps de faire beaucoup de prospection en une matinée. Il était tout aussi évident que je pensais secrètement que le retour vers Cracovie représentait la fin du voyage et, en quelques sortes, la fin de notre intimité puisqu'elle se retrouverait dans sa famille avec certainement un tas d'obligations.
Le lendemain nous prenons le petit déjeuner dans le restaurant de cet hôtel qui était réputé sous le précédent régime pour être le lieu de résidence d'espions et de contre-espions de tous poils. De nos jours on ne risque plus de voir James Bond débarquer au bar de l'hôtel mais plutôt des groupes de visiteurs néerlandais et scandinaves qui viennent faire du tourisme sexuel. C'est ce qui m'a été dit mais je n'ai pas noté de quartier chaud. Au contraire, la ville est très paisible sous un très beau soleil rasant. L'architecture de type plutôt scandinave est très agréable à l'oeil. Il y a de grands parcs avec des petits ponts tout autour de la petite ceinture. Sur les ponts les amoureux ont pour coutume d'accrocher des cadenas avec leurs noms. Tout ça n'était pas très bon pour ce que j'avais.
Nous réussissons quand même à travailler. Nous tenons notre rendez-vous du matin avec sans doute la possibilité d'une franchise à la clé. Nous trouvons un prospect multimarques au centre ville et un autre, très haut de gamme, dans un centre commercial en périphérie. Au retour visite au grand magasin Stockman. En somme, une journée constructive et bien remplie.
Le soir j'emmène K. dîner chez Vincent, un bon restaurant appartenant à notre prospect du matin. Cuisine fusion, cadre design. Pas très typique mais "the place to be" à Riga.
Ensuite nous partons errer dans le centre historique à la recherche de quelques bars. Le premier que je repère à l'air très sympathique et plein d'ambiance mais on ne trouve pas l'entrée. Nous passons notre route et j'entends un peu plus tard au travers d'un soupirail qu'on joue Dylan. La musique vient d'un café situé en sous-sol. Après avoir un peu cherché la porte nous y entrons. On lie connaissance avec un jeune américain saoul. On boit deux bières et on se met en quête d'un endroit un peu plus calme pour terminer la soirée. Il y a une maison de thé dont le sous-sol est constitué d'alcôves dans lesquelles sont installés des coussins sur lesquels s'allonger. C'est K. qui me suggère l'endroit. Je ne me fais pas prier. Nous buvons un thé aromatisé et légèrement alcoolisé. On est allongé côte à côte à la lueur des bougies. Dans l'alcôve en face de la nôtre nous entrapercevons des amoureux qui s'embrassent langoureusement. Moi je me contente de tenir la main de K. tout en discutant et en rigolant de je ne sais plus quoi.
Retour à l'hôtel. On se sépare rapidement devant ma chambre sans même un baiser.
Le lendemain je suis éveillé très tôt. Je suis toujours dans cet état un peu béat. Il faut que je lui parle. Ca me semble important et si je ne le fais ma conduite un peu trop intimiste risque de passer pour du harcèlement. Moi qui me suis toujours fixé comme ligne de conduite d'établir des parois bien étanches entre vie professionnelle et privée, me voilà bien embêté.
J'arrive le premier au petit déjeuner. Je n'ai pas très faim, je suis pas mal stressé et je n'ai pas bien dormi. K. arrive un quart d'heure plus tard. Reposée et resplendissante dans un chemisier orange qui semble un peu trop petit pour elle. Entre-temps un groupe de touristes scandinaves qui parlaient et riaient fort s'était installé à la table voisine de la nôtre. Il fallait dès lors crier pour se faire entendre. J'en conclus que le moment n'est pas propice et je décide, un peu lâchement il est vrai, de reporter mon aveu à plus tard. Nous faisons les bagages et partons nous promener un petit peu dans la vieille ville et les parcs. Le ciel est aussi clair que la veille, les arbres chatoyants. Tout est magnifique mais aucune intimité ne se crée entre nous et je ne me sens pas très courageux.
De retour à l'hôtel, alors que nous attendons le taxi, elle est debout sur la plus haute marche du perron. Je suis face à elle debout sur la marche juste en dessous, si bien que ses yeux très bleus illuminés par le soleil automnal sont plantés dans les miens. Là, sans plus réfléchir je lui dis tout de go : "Voilà, je suis un peu amoureux". Elle rougi un peu, elle a un petit sourire que j'ai du mal décrypter. Elle ferme un instant les yeux, les ouvre à nouveau et me dit être troublée. Je la serre dans mes bras et l'embrasse sur le front. Disons que je ne savais plus trop que faire. Je lui dis que si ce sentiment n'est pas partagé, elle ne dois pas s'en faire. Que je prendrai sur moi. Je minimise, ce n'est sans doute pas si grave, c'est lié à la situation, à la proximité, la beauté des lieux et que ça devrait passer. La pauvre ne sait que dire. Elle a toujours son petit sourire gêné. Nous restons comme ça immobiles et silencieux durant quelques secondes qui semblent durer une éternité. Ensuite le taxi arrive nous permettant de reprendre pied dans la vie normale.
Je charge les bagages et indique au chauffeur la direction. K. ne dit toujours rien mais me prends la main qu'elle ne lâchera pas durant tout le trajet. Parfois on s'échange un long regard. Je crois comprendre que que ces sentiments ne sont pas neutres non plus.
Arrivés à l'aéroport nous effectuons les formalités d'enregistrement je ne sais plus trop comment. L'avion à du retard et je ne suis pas trop mécontent de pouvoir prolonger de la sorte notre intimité pour quelque temps encore. Nous nous installons au business lounge. Nous sommes samedi il n'y a que nous. On boit un petit verre de vin blanc pour nous donner du courage. Elle finit par me dire sur un demi ton de plaisanterie que c'est pas malin. Qu'elle avait une vie bien rangée avec un nouveau travail et son copain et que maintenant tout était chamboulé. Sur l'aspect travail, je la rassure. Tout se passera bien. Quant à son copain, je m'étonne qu'elle me parle de vie bien rangée plutôt que de m'avoir dit qu'elle en aimait déjà un autre. Elle m'a répondu que j'étais insupportable. Elle a raison, ce n'était pas très charitable. Nous parlons ensuite d'autres choses, tous les deux un peu troublés.
Nous embarquons dans un petit ATR en direction de Varsovie. Elle ne lâche pratiquement pas ma main de tout le trajet. Elle me demande de prolonger mon séjour à Cracovie d'au moins une journée. Arrivé à l'escale à Varsovie on se rend au bureau Air France pour négocier l'échange du billet mais il y a la queue et on n'a pas le temps d'attendre plus longtemps sous peine de rater le départ pour Cracovie. On essaiera par téléphone depuis Cracovie. Je savais déjà que ce n'était pas gagné mais je n'en dis rien. Si nécessaire, je pourrais toujours demander un billet prime.
Le vol Varsovie Cracovie se fait aussi dans un petit ATR et dans des conditions très similaires au précédent. Toujours main dans la main, nous regardons par le hublot le soleil se coucher sur la campagne polonaise parsemée de quelques lacs. Le spectacle est enchanteur.
Arrivés à Cracovie il est prévu que ses parents viennent nous chercher. Elle me demande d'être sage devant eux. Ensuite elle me dit avec un grand sourire que tout est de ma faute. Je lui réponds en rigolant que j'assume.
Ses parents me déposent à l'hôtel. K. se propose d'appeler le bureau d'Air France depuis ma chambre pendant que ses géniteurs attendent dans le hall d'entré. On ne parvient pas à obtenir la communication. Ca dure. Je suis un peu gêné. Que vont-ils penser? Finalement on se sépare après une étreinte furtive. Tous trois s'en vont. K. passera me prendre un peu plus tard après s'être changée et avoir organisé la soirée. J'essaye encore sans grande conviction d'avoir Air France. Finalement après avoir sonné occuppé une demi heure, un répondeur me signale que le bureau est fermé entre 19h00 et 4h30. J'en profite pour dormir un peu.
Une heure plus tard, la revoilà. Je note que la soirée qui devait être une soirée de retrouvailles avec sa soeur et des amis - elle n'était pas retournée à Cracovie depuis six mois - se compose d'un dîner en tête-à-tête dans une des nombreuses caves de la ville. A Cracovie, la plupart des lieux publics (restaurants, bars, boîtes de nuit) sont situés dans de hautes caves au plafond voûté. Après le dîner nous passons rapidement retrouver la soeur de K. et quelques uns de ses amis dans une autre cave. Les amis de sa soeur sont très jeunes, étudiants en médecine pour la plupart. Ils sont curieux d'en connaître plus sur la vie parisienne et les lieux que j'ai visité durant mes différents voyages. Nous ne restons pas très longtemps en leur compagnie. K. m'emmène ensuite dans une autre cave. Celle-là est immense. C'est plutôt un ensemble de caves plus ou moins grandes reliées entre elles et formant un véritable labyrinthe. Chaque cave présente une ambiance un peu différente. La musique est sympa. On discute, on rigole, on boit un peu, ensuite on va danser. Finalement nous n'avons pas cessé de danser (electro, salsa, rock, slows) jusqu'à passé 5 heures. Je ne suis pas un très bon danseur mais elle semblait prendre beaucoup de plaisir à danser avec moi.
Ensuite retour à mon hôtel en passant par les petites rues de la vielle ville. La Place du grand marché (Rynek Glowny) au centre de laquelle se trouve la Halle aux Draps (Sukiennice) et la Basilique Notre Dame. Le tout forme un ensemble magnifique de styles gothique et renaissance. Les rues adjacentes, encore très fréquentées malgré l'heure tardive et le froid, sont remplies d'église. K. me fait voir l'endroit ou Jean-Paul II avait effectué sont séminaire et où il résidait lorsqu'il était de passage à Cracovie. A sa fenêtre quelques fleurs aux couleurs papales et sur trottoir encore pas mal de bougies déposées et allumées en hommage par des passants.
K. a un peu faim et prend un kebab au vol dans la rue. Nous traversons le parc (Planty) qui encercle la vielle ville et nous revoilà à mon hôtel. Je demande à K. si elle veut terminer son kebab dans ma chambre. Elle dit immédiatement d'accord. Un peu trop vite peut-être. On monte. Elle ne termine pas son kebab qu'elle laisse presque immédiatement refroidir sur le bureau. On s'assoit tous les deux tout habillés sur le petit lit. On s'est étreint avant d'échanger un premier baiser bref et timide. Ses petites lèvres sont douces et fermes. Je n'ai pas envie d'aller plus loin. Je suis déjà au paradis et je n'ai pas envie de prendre le risque de gâcher ce moment par des attouchements trop pressants. Je préfère garder la promesse d'autres étreintes pour plus tard. On finit par s'endormir serrés l'un contre l'autre, juste une petite demi-heure. Ensuite elle me réveille. On aurait pu appeler le bureau d'Air France, mais d'un commun accord, nous décidons qu'il valait mieux que je la laisse à sa réflexion durant les deux jours qu'elle allait passer à Cracovie. Je ne veux rien précipiter ou forcer. Nous redescendons devant le regard entendu du gardien de nuit à qui nous demandons d'appeler un taxi.
Je remonte dormir. Mon sommeil est de courte durée et je me réveille un peu euphorique trois heures plus tard. La lumière est toujours aussi belle à travers le volet de ma chambre. Je traîne un peu, je prépare ma valise et je descends régler la note. J'appelle K. qui me propose une promenade au Wawel (le château-forteresse qui domine la ville) en attendant l'heure de mon train pour Varsovie.
Nous nous retrouvons tous les deux devant l'hôtel une demi heure plus tard et nous nous joignons aux promeneurs du dimanche. K. m'avoue ne pas avoir beaucoup dormi non plus. Nous errons comme les deux amoureux que nous semblons être. Nous prenons un café dans un petit établissement charmant avant de reprendre la direction de l'hôtel pour récupérer les bagages et de prendre un taxi pour la gare. K. me demande de prendre le risque de rester encore un peu et de prendre le train suivant. J'en avais très envie aussi mais je n'avais pratiquement aucune chance d'arriver à l'aéroport de Varsovie à temps.
Elle m'accompagne jusqu'au quai de la gare. Il est trop tard pour acheter un billet. Je me signale au contrôleur. Il reste trois minutes. Une dernière étreinte. Un dernier baiser, celui-là un peu moins timide que celui de la veille, mais à peine. Le chef de gare siffle le départ, nous nous lâchons les mains après que je lui ai dit de ne pas s'en faire : qu'importe la décision qu'elle prendra, ce sera la bonne pour elle comme pour moi et je la respecterai.
Je regarde la campagne défiler sous le ciel pur et le soleil bas. Je suis à la fois euphorique et un peu nostalgique. Je sais d'expérience que cet état durera quelques jours encore.
Arrivé à Varsovie à la tombée de la nuit je passe devant l'hôtel Polonia où nous avons commencé notre séjour, ce qui accroît bien sûr ma nostalgie. Idem à l'aéroport devant le buste de Chopin où nous nous étions quelque peu attardés.
Maintenant, de retour à Paris, le beau temps a fait place au ciel gris. Je me sens un peu seul mais je n'ai pa trop envie de voir du monde. Je m'imagine que K. choisira la raison et qu'elle préférera reprendre sa vie d'avant comme si rien ne s'était passé. Je m'interdis de l'appeler et je ne sais pas si je fais bien. Elle connaît mes sentiments, elle sait que je l'attends. Je ne crois pas que je doive en dire plus.
Nous verrons...
Si ça s'arrête là, ça aura été une belle histoire.
Si ça pouvait être le début de quelque chose, ce sera sans doute merveilleux.
Dans tous les cas il est bon de savoir qu'on peut encore éprouver des sentiments amoureux à mon âge.

6 Comments:

Blogger myramir said...

évidemment pour "maman" une belle histoire romantique et touchante comme ça, est plus plaisante que les white and red, bien que dylan, ça oui.
voila que je partage une partie de tes rêves.:-))

1:26 PM  
Anonymous Anonyme said...

Ben heureusement qu'à ton âge on peut être amoureux...

Manquerai plus que NOn...

;)

1:10 AM  
Anonymous Anonyme said...

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7:01 AM  
Anonymous Anonyme said...

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7:01 AM  
Anonymous Anonyme said...

Ma petite Kaja!! Je trouve que cette histoire d'amour est une des plus belles que l'on m'ais raconté, ce charmant "jeune" homme à de vrai dons d'écrivain et on reste en haleine en attendant la suite (que je connais d'ailleurs!!!!) car oui cette histoire me touche d'autant plus que je connais l'héroïne!! mais malheureusement pas encore le héros! Donc je vous dis à tous deux à bienôt j'espère pour une future et proche rencontre!! (Ta petite Cindy qui a hâte de te voir!!) Bisous!

9:49 PM  
Anonymous Anonyme said...

Mais Quelle belle histoire..! Ultra touchant.. C'est merveilleux de lire des choses pareilles.., et ça procure un certain espoir.. pour ceux qui l'ont presque perdu! ;)

Vous êtes beaux.

10:54 PM  

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