Voyage dans le Nord
K. et moi avions rendez-vous à Stockholm ce mardi 20 décembre dans la soirée. Elle arrivait d'Oslo et moi de Paris. Passer le solstice d'hiver dans ces contrées requiert un certain courage. L'ensoleillement se limite à quatre ou cinq heures par jours et les températures oscillent entre zéro et moins quinze.
Alors que j'attendais l'avion à Roissy je souhaitais secrètement que l'avion de K. ait du retard et que le mien soit à l'heure. Elle m'attendrait dès lors à l'aéroport. Après tous ces voyages à débarquer seul dans des villes inconnues, le simple fait que quelqu'un vous attende à l'aéroport est un pur bonheur.
Mon voeu a été exaucé. Arrivé à la réception des bagages, K. était là. Quelle joie de la voir assise sur un grand chariot à m'attendre. Nous avons couru l'un vers l'autre et nous sommes embrassés. En fait je crois que nous n'avons fait que ça pendant trois jours. Ce n'est pas vrai bien sûr, mais c'est le souvenir qui me reste de ces trois jours.
Pour reprendre le fil, nous avons emprunté l'express qui relie l'aéroport de Stockholm au centre-ville, nous tenant par la main et nous embrassant. K. m'a fait un rapport détaillé de ses visites des deux derniers jours à Oslo. C'était sa première mission en solo. J'ai essayé de l'écouter mais, noyé dans ses yeux, je n'ai pas retenu grand chose. Arrivés à la gare centrale nous avons pris un taxi qui nous a conduit à notre hôtel dans la vieille ville. Stockholm n'est pas une très belle ville, exception faite de ces quelques rues qui serpentent entre les canaux autour du palais royal et du parlement. J'avais dîné dans l'avion. K. avait l'estomac vide. Vu l'heure tardive, elle a dû se contenter d'un sandwich dans un bar à tapas. Ensuite, malgré le froid glacial, nous avons fait quelques pas dans le centre historique avant de nous réfugier dans un pub qui était sur le point de fermer. Il était passé une heure du matin. Nous avons marché main dans la main jusqu'à l'hôtel. C'était un petit hôtel de charme au confort spartiate mais suffisant. Arrivés devant la porte de sa chambre, nous nous sommes encore embrassés langoureusement et longuement. K. m'a finalement fait entrer et nous avons passé notre première nuit ensemble. Nous avons très peu dormi. Ca n'avait pas beaucoup d'importance. Au matin nous n'étions pas fatigués.
M'endormir et m'éveiller à son côté restera une expérience inoubliable. Sa peau est chaude et soyeuse. Les contours de son corps invitent à la tendresse. Je souhaiterais revivre ces moments à l'infini.
Durant la très courte journée, nous avons réussi à tenir nos trois rendez-vous avant de nous envoler à l'heure pour Helsinki.
Helsinki n'offre à priori aucun charme aux visiteurs. L'architecture ne semble avoir aucune histoire à raconter. Nous n'avons pas trouvé de centre historique et tout semble se fermer vers 23h00. Toujours noyé dans les yeux de K. je ne garde pas de souvenirs très précis du voyage Stockholm-Helsinki, si ce n'est que nous avons fait déménager la moitié de l'avion pour pouvoir être assis côte-à-côte. L'hôtel n'était vraiment pas recommandable. Nous avions deux petites chambres mitoyennes. L'une nous servira à entreposer les bagages, l'autre à dormir. Malgré la vétusté de l'hôtel et le peu de charme de la ville, ces deux nuits auront été merveilleuses. Nous avons appris à mieux nous connaître et nos peaux à se reconnaître. Les "nie wolno" sont tombés les uns après les autres. Je ne me souviens pas avoir été aussi bien par le passé. C'est là que je lui ai dit pour la première fois "je t'aime" et qu'elle m'a demandé de le répéter encore et encore. En polonais ça se dit "Kocham cie" et c'est pas mal non plus.

La journée du jeudi a été fructueuse professionnellement. Nous avons passé des accords avec des distributeurs importants qui devraient nous permettre d'accroître substantiellement notre chiffre d'affaires dans le grand nord. Je ne sais pas où nous avons trouvé la concentration. L'un des rendez-vous se tenait en périphérie de la ville. Nous avons traversé un fjord. La lumière était splendide (il était midi) et tout alentour était blanc. Ca semblait irréel. J'étais au téléphone avec le bureau, la main de K. dans la mienne et, ébloui par tant de beauté, je ne parvenais plus à aligner deux mots.
En fin de journée nous avons fait un peu de shopping au centre ville, nous réfugiant de temps à autres dans des cafés pour nous réchauffer, K. m'apprenant mes premiers mots de polonais : "hoinka", "filijanka", "kocham cie", "uwielbiam cie". J'écris phonétiquement, ça me semble déjà extrêmement compliqué oralement. Mais avec un professeur tellement charmant comment ne pas apprendre.
La nuit qui a suivi a été aussi belle que celle de la veille et de l'avant-veille. Nous avons dîné d'une pizza dans la chambre aux bagages avant de nous retrouver dans la chambre à coucher.
Le lendemain matin nous nous sommes levés à 6h30 pour attraper le premier vol pour Paris. Overbooking. Retard. Tout cela n'avait pas beaucoup d'importance. A nouveau nous avons dû faire déménager tout l'avion pour pouvoir voyager ensemble. Finalement on nous a appelé en business. Nous n'avons cessé de nous embrasser durant les trois heures de vol. L'hôtesse nous trouvait tellement adorables qu'elle était pleine d'attention à notre égard. Je crois que nous émanions le bonheur.
Arrivés à Paris, je n'avais pas trop envie d'aller au bureau. J'ai orienté le taxi vers chez moi où nous avons passé toute l'après-midi et le début de soirée. J'ai dû ensuite la raccompagner vers son train. Ca m'a demandé beaucoup de volonté de rester stoïque. J'ai trouvé la volonté dans la certitude que l'avenir nous appartient et qu'il sera beau. Je l'ai vue disparaître, les lèvres et le nez rougis par tant de baisers échangés. J'ai ensuite erré entre quelques boutiques encore ouvertes dans le quartier des Halles sans réussir à y trouver grand chose. J'étais encore sous le charme de son odeur sur ma peau et de la brûlure de ses lèvres sur les miennes.
Nous avons peut-être vécus cette semaine ce qui restera parmi nos plus beaux moments. Oh ! il y en aura beaucoup d'autres au moins aussi merveilleux mais il ne me faudra jamais oublier ces instants là. Si dans un avenir que je souhaite lointain le doute ou la lassitude m'assaillent, il me faudra repenser à la magie de ces quelques jours et tout ira bien.

1 Comments:
oh la la la la!:-))
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