Vendredi 13
Ce Mardi 10 janvier je commençais la journée par un petit déjeuner très matinal avec K à la maison. Un moment agréable et privilégié avant de devoir m'envoler plus tard dans la journée pour Francfort. Il s'agit d'un pèlerinage annuel que j'effectue depuis dix ans avec de moins en moins de plaisir. Rendez-vous obligé de la profession, j'y vois année après année la taille de
notre métier décliner au profit des Chinois, Indiens, Turcs et Pakistanais. A la suite des licenciements massifs qui ont été annoncés dans notre groupe en Italie et en France, nous jouions profile bas et l'ambiance n'était pas vraiment à la fête.
K. m'appelai de temps à autre durant l'après-midi prétextant à chaque fois une question professionnelle et m'apportant un rayon de soleil dans ce hangar privé de lumière diurne. Dans la soirée nous avons eu encore une longue conversation téléphonique plus privée avant que j'aille dîner avec quelques collègues.
Le lendemain se déroulai sur le même mode. Conversation le matin et puis le soir. Quelques appels pseudo-professionnels durant la journée. Notre conversation du soir a été écourtée par un ultime rendez-vous tardif sur le salon. Je ne pourrai plus la joindre après. Elle avait prévu de se rendre au cinema avec son ami polonais. Nous nous laissâmes donc avec la promesse d'un appel matinal pour pouvoir se parler plus librement.
Rentré du dîner j'envoyai un texto lui souhaitant affectueusement bonne nuit. Il est resté sans réponse. Le lendemain matin tôt, pas d'appel et elle reste injoignable. Vers 10h00 elle n'est toujours pas au bureau. J'apprends un peu plus tard par mon assistante qu'une forte migraine l'immobilise chez elle et qu'elle ne se présentera pas au bureau de la journée. Je suis un peu rassuré mais je trouve étrange qu'elle appelle le bureau et pas moi. La journée et la soirée se passent d'un rendez-vous professionnel à l'autre. Le soir dîner avec quelques huiles italiennes. De plus en plus inquiet que je suis de ne pas avoir de nouvelles de K, je suis un peu absent.
Rentré à l'hôtel vers 23h00 je lui envoie un dernier texto d'affection et de prompt rétablissement. A peine le message envoyé, elle me rappelle. Je m'apprête à pousser un ouf de soulagement. C'est alors que je me rends compte que la voix qui répond est masculine avec un fort accent. Je comprends immédiatement. En substance le message n'est pas très subtil et le vocabulaire limité : "Arrête avec ces messages connard". Je lui réponds de ne pas m'appeler connard pour commencer. La réponse est tout aussi laconique : "Va te faire foutre connard". Ensuite il raccroche. J'aurais bien voulu prendre des nouvelles de K. mais la conversation est restée trop brève. J'ai d'abord pensé envoyer un nouveau texto, mais ça m'a finalement paru peu opportun. Il aurait certainement pris mon message pour de la provocation. Appeler me semblait tout aussi inutile. J'ai essayé de joindre K sur son autre téléphone mais la ligne était coupée. J'ai ensuite passé une nuit blanche à examiner toutes les hypothèses possibles. J'en suis arrivé à la conclusion que le Polonais était tombé sur un ou plusieurs de mes messages. Qu'une fois le pot aux roses dévoilé il s'était montré violent et avait sans-doute battu ou séquestré K. J'étais transi d'inquiétude pour elle et je me sentais terriblement impuissant et coupable d'être si loin. Au levé du jour ce vendredi 13, j'en étais à penser à faire envoyer la médecine du travail à son domicile pour faire vérifier que mon employée portée pâle l'était effectivement. S'il y avait quelque chose de louche, ils sauraient quoi faire. Ainsi je cogitais lorsque le téléphone sonna. En voyant le nom de K apparaître sur l'écran je me demandais si ce serait la belle ou la brute qui répondrait. Quelle joie d'entendre le petit accent de K répondre "allô" ! Je m'enquis immédiatement de sa santé. Elle allait bien mais n'avais pas le moral. Elle me racontât que l'avant-veille, rentrant du cinema, son ami pris d'une soudaine intuition lui demanda si elle avait quelqu'un d'autre dans sa vie et là, épuisée de temps de mensonges, elle a tout avoué. Ils ont parlé toute la nuit et toute la journée. D'abord à deux puis avec une amie à eux, la seule confidente de K en France. Il s'était montré parfois violent verbalement, heureusement jamais physiquement, parfois désespéré, parfois incompris. Il a entamé une guerre psychologique faite de menaces et promesses qui l'ont laissée épuisée le jeudi soir où elle s'est endormie de tout son soûl mais sans avoir renoncé à sa décision. C'est alors que la bête blessée m'a appelé. C'est donc détruite moralement que K m'appelait avec une toute petite voix. Je lui demandai si elle voulait que je prenne un avion dans la journée pour la rejoindre. J'avais envie de me réjouir de tous ces événements que j'attendais, mais la sentir si lasse et si triste me désespérait. Elle me répondit que ça irait. Je lui proposai de prendre un avion plus tôt le lendemain. Elle acceptât immédiatement, me prévenant que je ne devais pas m'attendre à la trouver très enjouée à mon égard. J'en suis venu à lui faire avouer qu'elle m'en voulait un peu de ce qui lui arrivait. La guerre psychologique avait produit quelques effets.
Le lendemain, arrivé en début d'après-midi à l'aéroport Charles-de-Gaule elle m'appela pour me dire qu'elle serait dans une quarantaine de minutes chez moi. La concordance était parfaite. Elle me répéta qu'elle ne serait pas très tendre envers moi. J'étais toujours partagé entre la joie et l'inquiétude. Arrivé devant chez moi, elle me rappela pour me dire qu'elle arriverait d'ici quelques minutes. En montant les escaliers je pensai que lorsque je les avais descendu la dernière fois, c'était avec elle. Ca me sembla de bon augure. Le temps de poser ma valise elle arriva. Je descendis pour l'accueillir. Nous tombâmes dans les bras l'un de l'autre sur le premier palier. Le simple fait de me voir avait dissipé tous ses doutes et les miens. Que c'était bon de la voir intègre et de la serrer dans mes bras. Nous nous embrassâmes longuement et à plusieurs reprises avant qu'elle ne me raconte tout plus en détail. La conclusion en est qu'après avoir voulu me tuer, je ne sais trop comment, il avait demandé une période probatoire d'un mois. Au vu des nombreuses années passées ensemble et de sa situation difficile, elle a accepté. Un mois me semble long mais sachant que nous nous verrons tous les jours durant cette période, je ne me fais pas beaucoup de soucis. Aujourd'hui elle m'a annoncé qu'il ne ferait pas d'histoire pour le dépacsage (j'ai peut-être omis de vous dire que K était pacsée). Dans l'intervalle on continue à se trouver de merveilleux petits rendez-vous clandestins et romantiques. Elle m'a cependant demandé durant ces quatre semaines de ne pas l'empêcher de rentrer chez elle le soir pour ne pas trop le faire souffrir. Je comprends et j'approuve. K se plie à cette obligation même si souvent les soirées sont moralement difficiles à vivre pour elle. Je l'admire pour cela aussi. Le week-end prochain elle part en Pologne trouver le réconfort dans sa famille. Le week-end suivant elle sera essentiellement avec moi, le temps d'un salon professionnel à Paris. Demain matin nous avons rendez-vous pour un petit déjeuner chez moi. L'amour a de l'avenir.
notre métier décliner au profit des Chinois, Indiens, Turcs et Pakistanais. A la suite des licenciements massifs qui ont été annoncés dans notre groupe en Italie et en France, nous jouions profile bas et l'ambiance n'était pas vraiment à la fête.K. m'appelai de temps à autre durant l'après-midi prétextant à chaque fois une question professionnelle et m'apportant un rayon de soleil dans ce hangar privé de lumière diurne. Dans la soirée nous avons eu encore une longue conversation téléphonique plus privée avant que j'aille dîner avec quelques collègues.
Le lendemain se déroulai sur le même mode. Conversation le matin et puis le soir. Quelques appels pseudo-professionnels durant la journée. Notre conversation du soir a été écourtée par un ultime rendez-vous tardif sur le salon. Je ne pourrai plus la joindre après. Elle avait prévu de se rendre au cinema avec son ami polonais. Nous nous laissâmes donc avec la promesse d'un appel matinal pour pouvoir se parler plus librement.
Rentré du dîner j'envoyai un texto lui souhaitant affectueusement bonne nuit. Il est resté sans réponse. Le lendemain matin tôt, pas d'appel et elle reste injoignable. Vers 10h00 elle n'est toujours pas au bureau. J'apprends un peu plus tard par mon assistante qu'une forte migraine l'immobilise chez elle et qu'elle ne se présentera pas au bureau de la journée. Je suis un peu rassuré mais je trouve étrange qu'elle appelle le bureau et pas moi. La journée et la soirée se passent d'un rendez-vous professionnel à l'autre. Le soir dîner avec quelques huiles italiennes. De plus en plus inquiet que je suis de ne pas avoir de nouvelles de K, je suis un peu absent.
Rentré à l'hôtel vers 23h00 je lui envoie un dernier texto d'affection et de prompt rétablissement. A peine le message envoyé, elle me rappelle. Je m'apprête à pousser un ouf de soulagement. C'est alors que je me rends compte que la voix qui répond est masculine avec un fort accent. Je comprends immédiatement. En substance le message n'est pas très subtil et le vocabulaire limité : "Arrête avec ces messages connard". Je lui réponds de ne pas m'appeler connard pour commencer. La réponse est tout aussi laconique : "Va te faire foutre connard". Ensuite il raccroche. J'aurais bien voulu prendre des nouvelles de K. mais la conversation est restée trop brève. J'ai d'abord pensé envoyer un nouveau texto, mais ça m'a finalement paru peu opportun. Il aurait certainement pris mon message pour de la provocation. Appeler me semblait tout aussi inutile. J'ai essayé de joindre K sur son autre téléphone mais la ligne était coupée. J'ai ensuite passé une nuit blanche à examiner toutes les hypothèses possibles. J'en suis arrivé à la conclusion que le Polonais était tombé sur un ou plusieurs de mes messages. Qu'une fois le pot aux roses dévoilé il s'était montré violent et avait sans-doute battu ou séquestré K. J'étais transi d'inquiétude pour elle et je me sentais terriblement impuissant et coupable d'être si loin. Au levé du jour ce vendredi 13, j'en étais à penser à faire envoyer la médecine du travail à son domicile pour faire vérifier que mon employée portée pâle l'était effectivement. S'il y avait quelque chose de louche, ils sauraient quoi faire. Ainsi je cogitais lorsque le téléphone sonna. En voyant le nom de K apparaître sur l'écran je me demandais si ce serait la belle ou la brute qui répondrait. Quelle joie d'entendre le petit accent de K répondre "allô" ! Je m'enquis immédiatement de sa santé. Elle allait bien mais n'avais pas le moral. Elle me racontât que l'avant-veille, rentrant du cinema, son ami pris d'une soudaine intuition lui demanda si elle avait quelqu'un d'autre dans sa vie et là, épuisée de temps de mensonges, elle a tout avoué. Ils ont parlé toute la nuit et toute la journée. D'abord à deux puis avec une amie à eux, la seule confidente de K en France. Il s'était montré parfois violent verbalement, heureusement jamais physiquement, parfois désespéré, parfois incompris. Il a entamé une guerre psychologique faite de menaces et promesses qui l'ont laissée épuisée le jeudi soir où elle s'est endormie de tout son soûl mais sans avoir renoncé à sa décision. C'est alors que la bête blessée m'a appelé. C'est donc détruite moralement que K m'appelait avec une toute petite voix. Je lui demandai si elle voulait que je prenne un avion dans la journée pour la rejoindre. J'avais envie de me réjouir de tous ces événements que j'attendais, mais la sentir si lasse et si triste me désespérait. Elle me répondit que ça irait. Je lui proposai de prendre un avion plus tôt le lendemain. Elle acceptât immédiatement, me prévenant que je ne devais pas m'attendre à la trouver très enjouée à mon égard. J'en suis venu à lui faire avouer qu'elle m'en voulait un peu de ce qui lui arrivait. La guerre psychologique avait produit quelques effets.
Le lendemain, arrivé en début d'après-midi à l'aéroport Charles-de-Gaule elle m'appela pour me dire qu'elle serait dans une quarantaine de minutes chez moi. La concordance était parfaite. Elle me répéta qu'elle ne serait pas très tendre envers moi. J'étais toujours partagé entre la joie et l'inquiétude. Arrivé devant chez moi, elle me rappela pour me dire qu'elle arriverait d'ici quelques minutes. En montant les escaliers je pensai que lorsque je les avais descendu la dernière fois, c'était avec elle. Ca me sembla de bon augure. Le temps de poser ma valise elle arriva. Je descendis pour l'accueillir. Nous tombâmes dans les bras l'un de l'autre sur le premier palier. Le simple fait de me voir avait dissipé tous ses doutes et les miens. Que c'était bon de la voir intègre et de la serrer dans mes bras. Nous nous embrassâmes longuement et à plusieurs reprises avant qu'elle ne me raconte tout plus en détail. La conclusion en est qu'après avoir voulu me tuer, je ne sais trop comment, il avait demandé une période probatoire d'un mois. Au vu des nombreuses années passées ensemble et de sa situation difficile, elle a accepté. Un mois me semble long mais sachant que nous nous verrons tous les jours durant cette période, je ne me fais pas beaucoup de soucis. Aujourd'hui elle m'a annoncé qu'il ne ferait pas d'histoire pour le dépacsage (j'ai peut-être omis de vous dire que K était pacsée). Dans l'intervalle on continue à se trouver de merveilleux petits rendez-vous clandestins et romantiques. Elle m'a cependant demandé durant ces quatre semaines de ne pas l'empêcher de rentrer chez elle le soir pour ne pas trop le faire souffrir. Je comprends et j'approuve. K se plie à cette obligation même si souvent les soirées sont moralement difficiles à vivre pour elle. Je l'admire pour cela aussi. Le week-end prochain elle part en Pologne trouver le réconfort dans sa famille. Le week-end suivant elle sera essentiellement avec moi, le temps d'un salon professionnel à Paris. Demain matin nous avons rendez-vous pour un petit déjeuner chez moi. L'amour a de l'avenir.

1 Comments:
oh mais dit!
je flippe,
ta soeur en sais beaucoup, tu lui as téléphoné hier.
Mais enfin, qu'est ce que c'est que ça.
Fais attention, ne te fais pas (avoir)
je t'aime
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